Le chantier d'éros
Comment je me suis retrouvé à écrire un livre qui parle de sexualité
J’ai ouvert mon premier chantier il y a plus de 35 ans.
J’utilise le mot « chantier » dans le sens de « projet de grande envergure », comme on le dirait d’un chantier naval. Pour moi, « ouvrir un chantier » signifie choisir en conscience de me dédier avec passion à un projet d’étude, en profondeur et sur la durée.
C’est une approche faite de curiosité et de non-jugement, qui m’invite à explorer mon objet de recherche sous tous les angles possibles. Ça me garde vivant, me fait poser un regard neuf et créatif sur moi-même et sur les autres. C’est, pour moi, une façon de me mouvoir dans le monde.
Mon chantier actuel s’articule autour de la sexualité — c’est d’ailleurs ce qui m’inspire à écrire cette première infolettre.
Mais avant d’en arriver là, d’autres explorations ont jalonné ma route.
Les premiers chantiers
Le premier portait sur les arts de la scène.
Soucieux de remettre en question les fondements mêmes de la représentation théâtrale, je me suis penché sur toutes les facettes de la représentation : conférences, art performance, théâtre expérimental, cabaret.
Ce projet a complètement façonné ma démarche artistique et les créations qui en ont découlé.
Quelques années plus tard, un nouveau chantier s’est ouvert, portant sur les rituels.
Je cherchais à remettre du sens dans mon existence, à comprendre comment souligner, voire magnifier, les passages de ma vie.
J’ai par la suite tiré un livre de ces explorations : Marquer le temps, entre sacré et profane, la recherche de nouveaux rituels.
Le troisième projet d’envergure souhaitait confronter un des tabous ultimes de notre société : la mort.
Depuis plus de 20 ans, cette investigation m’a mené à devenir célébrant pour des funérailles personnalisées, à offrir des formations sur les rituels de fin de vie, à réaliser un documentaire sur l’industrie de la mort, à m’intéresser aux rituels de deuil collectifs, et à explorer mon propre rapport à la mort et au deuil.
L’éros comme chantier
Depuis plusieurs années maintenant, un nouveau projet m’habite.
J’ai consenti à y plonger, non sans un certain vertige.
Je l’ai nommé le chantier d’éros.
Cette aventure magnifique me mène aujourd’hui à la publication d’un livre, qui se nomme Éros créatif.
Comment ça marche, un chantier ?
Porté par un désir de déconditionnement de ma pensée, je plonge dans un nouveau projet avec ferveur et dévouement.
Je deviens tour à tour sujet et objet de recherche, abordant le thème par l’angle de l’anthropologie, de la sociologie, de la spiritualité et de l’art.
Ça prend la forme de lectures, d’expérimentations, de voyages.
Je m’inscris à des conférences, je participe à des formations, je rencontre des spécialistes.
Comme si la vie était pour moi un grand laboratoire de recherche.
Intérieur / extérieur
Lorsque j’ouvre un chantier, je le fais d’abord pour moi.
Puis, peu à peu, mon regard se tourne vers l’extérieur.
D’une quête personnelle, je passe à un désir de transmission.
J’ai été témoin de ce phénomène dans mon travail sur le théâtre, sur le rituel, puis sur la mort.
Bien évidemment, celui-ci ne fait pas exception.
J’ai d’abord senti le besoin de m’approcher du « mystère d’éros » dans mon intimité, à la fois fasciné et intimidé par le sujet.
C’est très lentement que mon regard s’est tourné vers les autres.
Et c’est tout naturellement que j’ai eu l’élan d’écrire un livre.
Mais ce n’est pas parce que c’était naturel que c’était facile.
Accompagner le livre
Publier ce livre est un accomplissement non négligeable, mais ça ne veut pas dire que mon chantier est terminé.
Je crée donc cette infolettre pour prendre soin de son envol et partager le fruit des réflexions qui ont mené à la rédaction d’Éros créatif.
Ce sera, sans doute, une façon de naviguer avec plus d’aisance l’inévitable dévoilement qu’un tel sujet impose.
Je ne souhaite pas répéter ce qui se trouve déjà dans le livre. On pourra y lire le récit de mes expériences et le fruit de mes découvertes. J’y explique la mission que je me suis donnée : ennoblir l’éros, voire le sacraliser — un projet à la fois humble et ambitieux.
Militer pour un éros conscient
Je ne souhaite pas parler de l’éros à partir d’une posture de sexologue, encore moins de celle d’un libertin, ni devenir auteur de littérature érotique ou coach de vie.
Je me considère avant tout comme un chercheur, porté par une curiosité infatigable.
C’est depuis cet endroit que je souhaite partager mes réflexions et contribuer à redonner ses lettres de noblesse à l’éros, souvent malmené (oserais-je dire « en péril » ?) dans notre société.
C’est dans un réel désir de contribution au monde que je pose cette pierre, porté par une question : et si l’éros était un chantier collectif ?
Je suis fier de ce livre et me réjouis de sa mise au monde qui arrive à grands pas.
Si vous avez envie d’entrer dans les coulisses de ma pensée, je vous donne rendez-vous ici, très bientôt, pour un prochain billet.
Mon livre sera en librairie le 11 novembre prochain.
Notes
J’avais déjà entamé mon chantier d’éros bien des années avant que je ne tombe sur cet article de Nathalie Plaat, qui a également utilisé le terme. Ses mots ont néanmoins nourri ma réflexion. Lire l’article
Notons que ces chantiers sont de nature poreuse et s’invitent chez l’un et chez l’autre sans relâche : le travail rituel et la mort marchent main dans la main, Éros et Thanatos se connaissent depuis la nuit des temps et l’art est un terreau formidable pour explorer chacun de ses thèmes.


